Dexter n’était pas seulement une série sur un tueur en série. C’était le portrait d’un homme qui apprend à cohabiter avec ce qu’il a de plus monstrueux en essayant de rester humain malgré tout. Voix intérieure, double vie, morale à géométrie variable, fascination pour le mal : autant de thèmes qui ont marqué durablement les spectateurs. Si la fin de notre série préférée laisse encore un vide, ces cinq séries prolongent, à leur manière, cette plongée dans les recoins les plus sombres de l’âme.
You
La séduction comme arme fatale. Avec You, la mécanique est familière : une voix off omniprésente, un narrateur qui se raconte pour mieux se justifier, et un spectateur piégé. Joe Goldberg n’a pas le code moral de Dexter, mais il partage avec lui cette capacité à rationaliser l’atrocité. La série joue un jeu dangereux et fascinant : elle pousse le public à épouser le point de vue du prédateur, puis lui tendre un miroir dérangeant. Si Dexter questionne notre tolérance envers un tueur “juste”, You interroge notre complaisance envers un tueur séduisant.

Hannibal
Quand le meurtre devient une œuvre d’art. Là où Dexter restait ancré dans une forme de réalisme, Hannibal bascule dans l’opéra macabre. Lecter ne se cache pas vraiment : il domine, intellectuellement et esthétiquement. Comme Dexter, il contrôle, ritualise, met en scène. Mais ici, la série pousse la fascination jusqu’à l’hypnose. Hannibal s’adresse à ceux qui aimaient chez Dexter le geste précis, la mise en scène du crime, et la frontière trouble entre intelligence, monstruosité et plaisir coupable (ou pas).
Barry
Le tueur qui voulait une vie normale. À première vue, Barry semble à l’opposé de Dexter. Une comédie noire sur un tueur à gages dépressif, maladroit. Et pourtant, la filiation est évidente. Barry, comme Dexter, rêve d’une autre identité. La différence, c’est que là où Dexter maîtrise, Barry se plante lamentablement. La série démonte méthodiquement le fantasme du tueur fonctionnel et montre, saison après saison, l’impossibilité de compartimenter durablement la violence. Une relecture cruelle et souvent hilarante du mythe.
The Fall
La banalité du mal à nu. Ici, aucun artifice, aucun romantisme. The Fall observe son tueur comme Dexter observait parfois son propre reflet : sans complaisance. Mari, père, cadre, criminel méthodique, Paul Spector incarne cette idée terrifiante que le mal peut être intégré au quotidien. Si Dexter fascinait par sa capacité à passer inaperçu, The Fall pousse cette logique jusqu’à l’étouffement, dans une approche vraiment dérangeante.

Mindhunter
Comprendre le mal pour mieux le craindre. Mindhunter n’a pas de tueur-protagoniste, mais elle partage avec Dexter une obsession commune : comprendre. En donnant la parole à de véritables tueurs en série, la série de David Fincher rappelle que l’horreur ne vient pas seulement des actes, mais de la lucidité avec laquelle certains criminels les décrivent.

Dexter posait une question simple et profondément inconfortable : que se passe-t-il quand le monstre apprend à fonctionner parmi nous ?
