Notre tueur en série « favori » n’est pas inspiré d’un seul tueur : il est l’assemblage de profils grandement documentés par la criminologie US des années 70-90. Mais alors, de quoi Dexter Morgan est-il le nom ? Quelles ont été les sources d’inspiration principale qui ont permis l’élaboration de ce personnage complexe ? Décryptage.
Impossible de ne pas penser à l’effroyable Ted Bundy (1946-1989). Dexter reprend l’idée glaçante que le montre peut être indétectable, précisément parce qu’il semble parfaitement intégré. Et pour cause : Ted Bundy était un étudiant en droit, engagé politiquement dans sa communauté. Charmant et cultivé, il ne montrait aucun signe extérieur de marginalité et autre chaos mental. Mais voilà, ses meurtres étaient extrêmement violents mais entièrement dissimulés derrière une façade lisse. Intelligence sociale, capacité à passer sous les radars et capacité à décrire ses crimes de façon clinique et froide, voilà tout ce qu’emprunte Dexter Morgan à Ted Bundy.

Autre profil malade que les scénaristes de la série ont siphonné pour la création du personnage : Gary Ridgway (1949-2021). Surnommé le Green River Killer, Ridgway était décrit comme insignifiant par ses collègues ouvriers. Vie monotone, QI dans la moyenne, il a joué de sa volontaire banalité, sa stratégie du « ne pas exister » ou pas de vague afin de ne jamais attirer l’attention. Ce qui a pu expliquer le fait qu’il ait échappé à la police pendant des décennies. En somme, l’extrême inverse de Ted Bundy.

Last but not least : Dexter emprunte également des éléments à Ed Kemper (né en 1948). Notamment pour la dimension introspective. En effet, Kemper est d’une intelligence exceptionnelle, a collaboré avec le FBI après son arrestation et a cette capacité hallucinante d’analyser de façon lucide ses propres pulsions. Sans pour autant les excuser, faisant preuve d’une dissociation entre ses crimes et identité sociale. Comme Dexter, Kemper ne se considère pas en monstre mais en sujet conscient de son anormalité. Effrayant, non ?
Dexter Morgan est crédible parce qu’il est aussi socialement adapté que Bundy, invisible que Ridgway et lucide que Kemper. Là où la personnalité de Dexter tranche de ses inspirations car il est doté d’un frein moral entièrement fictif : exit donc le gimmick du gentil tueur et vengeur.
